Agent ou solution sur mesure, la question à trancher d’abord
Les deux mots se confondent souvent, et la confusion coûte cher. Un agent, c’est quelqu’un à qui vous demandez quelque chose : préparer un devis, trier des demandes, rédiger une relance. Une solution sur mesure, c’est un endroit où vous travaillez : un écran où toute l’équipe suit les chantiers, les dossiers ou les commandes. Nous comparons les budgets d’un agent dans Combien coûte un agent IA.
Avant de faire construire, vérifiez qu’aucun logiciel du marché ne fait déjà l’affaire. Pour la gestion, la facturation, le planning ou le suivi client, l’offre standard est vaste et souvent moins chère sur la durée. Le sur mesure se justifie quand votre façon de travailler est votre avantage, et qu’aucun outil existant ne la respecte sans contorsions.
Ce qui fait le prix, étape par étape
Une solution sur mesure passe par six étapes, et chacune prend du temps :
Le cadrage. Comprendre comment votre entreprise travaille vraiment, qui fait quoi, avec quelles exceptions. C’est l’étape la plus sous-estimée, et celle qui évite les mauvaises surprises ensuite.
La conception. Dessiner les écrans et l’enchaînement des actions, pour que la personne qui ouvre l’outil le lundi matin trouve ce qu’elle cherche sans formation de trois jours.
Les données. Reprendre vos fichiers existants, les nettoyer, décider de ce qui est conservé. Si vos informations sont dispersées entre des tableurs, des classeurs et des boîtes mail, ce poste peut peser autant que la construction elle-même.
La construction. Écrire le logiciel et le relier à vos outils : messagerie, comptabilité, agenda.
Les tests. Vérifier que chaque cas particulier fonctionne, y compris ceux qui n’arrivent qu’une fois par trimestre.
La mise en route. Mettre en ligne, former l’équipe, corriger ce que l’usage réel révèle pendant les premières semaines.
Pour situer le coût de ce temps : selon l’étude salariale 2026 de SwissICT, qui porte sur plus de 37’000 salaires dans 214 entreprises suisses, le salaire médian d’un profil senior du numérique atteint 130’650 CHF par an. Divisé par 52, cela représente environ 2’500 CHF par semaine, avant les charges sociales et la marge du prestataire. Ce calcul est le nôtre et reste un ordre de grandeur, mais il montre pourquoi chaque semaine de travail se voit dans un devis.
Ce que l’IA change, et ce qu’elle ne change pas
L’IA aide désormais à écrire du code, et c’est réel. Mais l’effet sur le temps total d’un projet reste difficile à mesurer, même pour les spécialistes.
L’institut de recherche METR a mesuré en 2025 que des développeurs expérimentés mettaient environ 20 % de temps en plus sur leurs tâches lorsqu’ils utilisaient l’IA, alors qu’ils pensaient aller plus vite. En février 2026, le même institut indiquait que sa nouvelle étude penchait plutôt vers un gain de vitesse, sans pouvoir le mesurer de façon fiable. Et dans son enquête du printemps 2026 auprès de 349 professionnels de la tech, ceux-ci estiment que l’IA double environ la valeur de leur travail, une perception que les auteurs eux-mêmes invitent à lire avec prudence.
Ce qu’on peut en retenir : l’écriture du code s’accélère, mais le cadrage, la reprise des données, les tests et la responsabilité du résultat prennent toujours le même temps. Un devis anormalement bas, justifié par un « tout est fait par l’IA », mérite donc une question simple : qui a vérifié que ça fonctionne, et qui le corrigera dans six mois ?
Les coûts après la livraison, ceux qu’on oublie
Une solution sur mesure continue de coûter une fois livrée. Avant de signer, demandez le montant de chacun de ces postes :
L’hébergement. Le logiciel tourne quelque part, sur un serveur loué chaque mois. Demandez où, à quel nom, et combien.
L’utilisation de l’IA. Si la solution fait appel à un modèle d’IA, chaque utilisation est facturée par l’éditeur du modèle. Le montant dépend de l’usage : il faut une estimation, et un plafond.
La maintenance. Les mises à jour de sécurité ne sont pas optionnelles. Demandez ce qui est compris, à quel rythme, et ce qui est facturé en plus.
Les évolutions. Votre entreprise change, l’outil doit suivre. Une nouvelle étape dans un processus, un nouveau type de client : chaque ajout se chiffre.
La sortie. C’est le coût invisible le plus lourd. Si le code, les données et les accès restent chez le prestataire, changer de partenaire revient à tout reconstruire. Demandez par écrit à qui appartient le code, où sont vos données, et ce qui vous est remis en fin de contrat. Nous détaillons les questions sur les données dans Où vont vos données quand vous utilisez l’IA ?
Pourquoi les projets dérapent, et comment l’éviter
Une étude menée par des chercheurs de l’Université d’Oxford, de l’IT University de Copenhague et d’universités américaines, publiée en 2022 dans le Journal of Management Information Systems, a analysé 5’392 projets informatiques. Ses auteurs montrent que la plupart des projets dépassent peu leur budget, mais qu’une minorité dérape de façon extrême, bien plus souvent qu’on ne l’imagine. Une des causes identifiées : les dépendances entre les briques techniques, où un problème dans une partie se propage aux autres. L’étude porte sur des projets de toutes tailles, et ses conclusions valent comme tendance plutôt que comme prévision pour votre cas.
Trois réflexes réduisent ce risque à l’échelle d’une PME :
Commencer par une première version limitée. Un seul processus, une seule équipe, quelques semaines. Vous voyez l’outil tourner avant d’engager la suite.
Exiger un cadrage écrit. Ce que la solution fera, ce qu’elle ne fera pas, et comment on vérifiera qu’elle fonctionne. Sans ce document, deux devis ne se comparent pas.
Payer par étapes. Un montant fixe par étape livrée et validée vous protège mieux qu’une facturation au temps passé sans plafond.
Comparer deux devis, les sept questions
Une entreprise de chauffage à Genève reçoit deux offres pour un outil de suivi des interventions : 18’000 CHF et 45’000 CHF. Avant de choisir, elle devrait poser les mêmes questions aux deux prestataires :
Qu’est-ce qui est inclus ? Cadrage, reprise des données, tests, formation, documentation.
Qu’est-ce qui ne l’est pas ? La liste écrite des exclusions dit souvent plus que la liste des inclusions.
Combien coûte l’outil chaque mois une fois livré ? Hébergement, utilisation de l’IA, maintenance.
À qui appartiennent le code et les données ?
Comment se passe une sortie ? Ce qui vous est remis, sous quelle forme, et en combien de temps.
Comment le projet est-il découpé ? Étapes, livrables, paiements.
Qui sera votre interlocuteur ? Et que se passe-t-il s’il quitte le prestataire ?
Le devis le plus bas n’est pas forcément le moins cher sur trois ans, et le plus élevé n’est pas forcément le plus sûr. Ce sont les réponses à ces sept questions qui font la différence.
Sources
- SwissICT, étude salariale ICT 2026, relayée par IT Reseller, 26 août 2026
- METR, « Measuring the Impact of Early-2025 AI on Experienced Open-Source Developer Productivity », 10 juillet 2025
- METR, « We are Changing our Developer Productivity Experiment Design », 24 février 2026
- METR, « Measuring the Self-Reported Impact of Early-2026 AI on Technical Worker Productivity », 11 mai 2026
- Flyvbjerg, Budzier, Lee, Keil, Lunn et Bester, « The Empirical Reality of IT Project Cost Overruns: Discovering a Power-Law Distribution », *Journal of Management Information Systems*, vol. 39, n° 3, 2022




